L'ARTISTE IMAGINAIRE




ACTE I - Scènes 4 à 5



Dominique Boucher
May 4 2004


SCÈNE IV



Pipelune, Rigoberte





Pipelune (prenant soin de bien refermer la porte sur Odilon) - Rigoberte !

Rigoberte - Oui ?

Pipelune - Sais-tu où je vais ?

Rigoberte - Et comment je le saurais ?

Pipelune - Devine…

Rigoberte - Votre père ne me paie point pour jouer aux devinettes.

Pipelune - Fais un effort, voyons !

Rigoberte - Plus la force.

Pipelune - Je t’en prie, fais-moi plaisir. Dis-moi où je vais…

Rigoberte - Hé ! Si vous ne le savez pas, comment je le saurais, moi ?

Pipelune - S’il te plaît. Je veux savoir si cela se voit, où je vais. N’as-tu vraiment aucune idée ?

Rigoberte - Bien sûr que j’ai ma petite idée. Depuis trois semaines, chaque fois que vous sortez, c’est pour aller le rejoindre.

Pipelune - Rejoindre qui, Rigoberte…

Rigoberte - Lui.

Pipelune - Mais qui, lui ?

Rigoberte - Nous n’avons qu’un seul « lui », que je sache !

Pipelune - Je veux que tu prononces son nom. J’aime tant l’entendre.

Rigoberte - Milorta, votre maître de dessin…

Pipelune - Ne fais pas la bête. Dis-moi le nom de celui que je m’apprête à rejoindre.

Rigoberte - Ah ! Vous voulez parler de l’autre jeune homme ?

Pipelune - Pas un autre ! Le seul, l’unique homme de ma vie.

Rigoberte - Écoutez-moi cette petite sotte… La figure toute encore marquée de couperose, et elle voudrait nous faire croire que son cœur ne battra pas une seconde fois.

Pipelune - Laisse mon cœur tranquille. C’est à mes oreilles que je veux que tu plaises. Pour la dernière fois, dis-moi son nom.

Rigoberte - Duralin. N’est-ce pas ce nom-là, que vous vouliez entendre ?

Pipelune - Encore.

Rigoberte - Quoi ?

Pipelune - Prononces encore son nom.

Rigoberte - Votre père va revenir et je n’ai pas encore rangé le moindre pinceau. Il va me tomber dessus et vous êtes là à me remplir les oreilles avec votre prince charmant.

Pipelune - Une dernière fois et je t’aide à ranger…

Rigoberte - Avec vos ongles de jeune chatte, pas question ! C’est encore moi qui prendrait.

Pipelune - Dis-moi une dernière fois son nom, ou…

Rigoberte - Ou quoi ?

Pipelune - Ou… ou tu n’auras plus jamais ta part sur mes fifrelons du mois.

Rigoberte - Ça serait bien dommage pour vous… et pour ce que vous savez. Allez, va ! Je suis bien plus gentille que tout le monde réuni dans cette maison. Duralin. Voilà ! Vous êtes contente ? Du-ra-lin…

Pipelune - Je ne me lasserai jamais de l’entendre. Mon cœur est hors de lui. Crois-tu que c’est mal d’aimer ?

Rigoberte - Le mal n’est pas là.

Pipelune - Crois-tu qu’il est mal d’être aimée ?

Rigoberte - Puisque je vous dis que le mal n’est pas là.

Pipelune - Crois-tu que nous faisons le mal à nous aimer ?

Rigoberte - Même un mur entendrait ce que je dis. Le mal n’est pas tant d’aimer que la manière d’aimer.

Pipelune - Qu’est-ce que tu veux dire ?

Rigoberte - Rien qui ne soit guère la vérité. Il y a façon et façon d’aimer.

Pipelune - Voilà que tu me sers de la philosophie…

Rigoberte - Il y a déjà assez de votre père qui se mêle de nous tartiner ses toiles. Pour ce qui est de moi, je ne dis que des choses aussi simples que vraiment vraies. Et je dis que le mal dans l’amour tient dans la manière d’en user.

Pipelune - J’apprécierais que tu ne me fasses pas d’énigme.

Rigoberte - Croyez-moi sans vous faire de rébus… mal user de l’amour vous conduira tout droit à la misère.

Pipelune - Qu’est-ce que tu me chantes là ?

Rigoberte - Il s’agit bien de chanson, allez ! Et je sais de quoi je vous parle. Cet air là m’a valu deux filles et un fils, qui ont bien votre âge aujourd’hui.

Pipelune - Ah ! C’est avec ce refrain-là que tu veux refroidir mon ardeur… Mais tu n’imagines pas à quel point Duralin en a après mon cœur, et que loin de chercher à m’effeuiller il couvrirait mon épaule des plus belles parures.

Rigoberte - Quel homme n’a pas l’idée en tête, quand il vous dit le contraire ?

Pipelune - De tout ce que tu me diras je ne trouverai matière à me défaire l’esprit des belles intentions de Duralin. Tu n’ignores pas les circonstances de notre rencontre…

Rigoberte - Je serais la plus sourde des oreilles tant vous m’avez gavée de cette histoire-là.

Pipelune - Ne t’ai-je pas dis comment il m’a épargnée des vilaines actions de ses relations d’un soir ?

Rigoberte - Pour le moins mille fois.

Pipelune - Ils avaient les uns et les autres vidé tant de grosses bouteilles que leurs sens n’avaient plus leur raison…

Rigoberte - Je sais tout cela.

Pipelune - Et tu sais aussi que malgré les dégats passagers de son esprit, Duralin est venu à mon secours, seul contre tous.

Rigoberte - La belle argumentation que nous avons là-dedans.

Pipelune - Oui, si ébloui par ma détresse il n’a pas songé à se garder du danger et, se lançant entre les bourreaux et la victime, il m’a éloignée en lieu sûr jusqu’à ce que le chemin de la maison fut assuré.

Rigoberte - Et qu’alliez-vous faire dans de si sombres endroits, vous une demoiselle de si riche famille ?

Pipelune - J’attendais au coin d’un zinc que mon père en eût fini de ses cérémonies picturales. Un genre de fêtes pour lesquelles je n’ai aucune passion. Lorsque je suis sortie, afin de rejoindre ma belle-mère à l’heure dite, dans la rue une bande de zazous s’est mise en travers de ma route et a commencé sa danse de Saint-Guy. J’ai eu bien peur, comme tu peux le supposer.

Rigoberte - Je n’ai pas de doute là-dessus.

Pipelune - J’essayais de m’échapper, mais il y avait tant de mains pour me tenir prisonnière que je commençais à étouffer.

Rigoberte - C’est à ce moment que votre monsieur vous a tirée du mauvais pas où on vous avait mise.

Pipelune - Crois-tu qu’après avoir prouvé tant de bravoure et de droiture mon Duralin serait capable d’une pensée néfaste ?

Rigoberte - Le plus à craindre serait le mouvement.

Pipelune - Non, il dit des mots si doux qu’il est incapable d’une mauvaise action.

Rigoberte - Certes il a résolu de vous demander en mariage, mais nous n’en avons vu pour le moment que l’arrière-pensée.

Pipelune - J’ai le pressentiment qu’il ne tardera pas à faire sa demande.

Rigoberte - Le ciel vous entende, ma belle !

Pipelune - Et si mon Duralin me trompait dans ses délicieuses façons, je n’aurais plus aucune foi dans les hommes. Je m’enfermerais dans ma chambre pour n’y plus ressortir.

Rigoberte - C’est assurément l’endroit où Monsieur votre père aimerait vous y voir toujours. Tenez ! le voilà qui nous revient. Je sens que je vais en prendre pour mon grade, tellement vous m’avez détournée de ma tâche.









SCÈNE V



Odilon, Pipelune, Rigoberte





Odilon (prenant place dans le canapé, tandis que Rigoberte se met à son rangement) - Ah ! ma fille, voilà ce que j’ai à te dire, et auquel tu ne t’attends certainement pas : on m’a demandé par plus tard qu’hier ta main, et je n’ai pas eu le cœur à refuser. Je vois que l’annonce te met dans la meilleure humeur. Ce que c’est que ces filles qui veulent quitter le nid avant l’heure. Enfin ! Je n’aurais pour le moins nul combat à mener pour te convaincre de convoler, ce qui je l’avoue m’ôtera du pied l’épine de ma responsabilité de géniteur.

Pipelune - Je me suis toujours montrée bonne fille, et je vous obéis aujourd’hui comme hier.

Odilon - Je suis fier de t’avoir si bien élevée. Ainsi donc nous nous entendons le plus parfaitement du monde : je te marie à celui que te t’ai promise.

Pipelune - Je ne ferai rien qui vous fâcherait, vous n’avez pas à en douter père.

Odilon - Ducarine, ta belle-mère, voulait faire de toi une missionnaire, et de ta sœur Cotimédone de surcroît ; elle n’en démordait pas, l’aimable entêtée.

Rigoberte (tout bas et en direction du public) - Encore une qui voudrait pour son comptant la fortune de notre barbouilleur.

Odilon - Elle refusait de se le tenir pour dit, mes arguments ont achevé de la ranger à ma raison, et nous ne reviendrons pas sur ma parole donnée.

Pipelune - Si vous saviez mon père combien je vous rends grâce du bonheur que vous me faites.

Rigoberte (se mêlant à la conversation) - Il est vrai Monsieur que vous ne nous aviez guère habitué à songer au plaisir des autres avant le vôtre.

Odilon - Je n’ai pas encore croisé le jeune homme ; mais on m’en a dit tant de bonté que j’en serais satisfait, et toi par la même occasion.

Pipelune - C’est une assurance que je vous fait, mon tendre père.

Odilon - Ce qui signifie que tu l’aurais rencontré ?

Pipelune - Votre accord garanti me donne la permission de vous dénuder mon cœur. L’aveu que je vous dois tient en ceci : une bonne fortune nous a fait nous connaître il y a dix jours, et la demande qu’on vous a faite est la conséquence heureuse du sentiment violent qui, dès la première rencontre, a retourné le cœur de l’un en faveur du cœur de l’autre.

Odilon - Personne ne m’a parlé de cette affaire-ci ; mais je n’ai rien à y redire puisqu’elle a permis que les choses se passent sans heurt. On m’affirme qu’il s’agit d’un jeune homme fort bien fait de partout.

Pipelune - Il ne se peut mieux, mon père.

Odilon - Qu’il est bâti tout droit et bien haut.

Pipelune - C’est ainsi que je le vois.

Odilon - Le caractère sans défaut.

Pipelune - Aucun je peux vous l’assurer.

Odilon - La figure amène.

Pipelune - Pas une grimace pour la lui défigurer.

Odilon - Sérieux, et d’une famille irréprochable.

Pipelune - Vous avez raison.

Odilon - Intègre.

Pipelune - Le plus incorruptible des garçons.

Odilon - Qu’il manie relations et comptes comme pas un.

Pipelune - C’est une chose que j’ignore.

Odilon - Et qu’il succèdera à la boutique de son père avant qu’il soit peu.

Pipelune - Vous me l’apprenez, père.

Odilon - Il aura eu la modestie de te taire cela. Je le tiens personnellement de la bouche de l’excellent Monsieur Jambrouil.

Pipelune - Parce qu’il est des relations de Monsieur Jambrouil ?

Odilon - Pardi ! L’appartenance à une même famille est la plus sûre relation qui se puisse. Oncle et neveu.

Pipelune - Duralin, neveu de Monsieur Jambrouil ?

Odilon - Qu’est-ce que c’est que ce Duralin ? Je te parle moi de celui pour qui le père a accepté l’honneur que je lui fais en te recevant chez lui comme belle-fille.

Pipelune - J’entends cela.

Odilon - Hé bien, le jeune homme est le neveu de Monsieur Jambrouil, qui est le fils de son beau-frère le marchand d’art, Monsieur Fifrelet ; et ce fils s’appelle Vilemin Frifelet, et non pas Duralin. Monsieur Fifrelet et moi avons hier soir conclu ce mariage-là, et demain mon futur gendre sera ici pour sa première visite. Mais quoi ? Te voilà toute surprise.

Pipelune - C’est, mon père, que je me rends compte que vous m’avez parlé d’une personne, que j’ai prise pour une autre.

Rigoberte (interrompant son ouvrage) - Vous n’auriez pas, Monsieur, ce projet ridicule ? Car avec votre fortune vous ne voudriez pas marier votre fille avec un trafiquant ?

Odilon - Oui je le veux. De quoi te mêles-tu, espèce de grossière femme que tu es ?

Rigoberte - Oh ! la commode manière de s’emporter si vite. Nous pouvons parler et réfléchir ensemble sans rage aucune. Voyons, dites-nous la raison de ce mariage.

Odilon - Ma raison est que, me sachant peintre et artiste de grand talent comme je suis, je veux me garantir par un gendre et des alliés marchands les voies de la renommée, je veux qu’entre dans ma famille par le truchement de ce gendre les relations par lesquelles s’ouvriront toutes les portes qui me sont nécessaires, et d’avoir à disposition tous les mots de louange dont ces personnes-là sont autorisées.

Rigoberte - Voyez combien il est facile d’entendre la raison, et qu’il n’y a point de difficulté à la comprendre lorsqu’elle est dite avec douceur. Cependant, Monsieur, et en faisant appel à toute votre conscience : est-ce que vous êtes le grand artiste qu’on vous a dit ?

Odilon - Comment, méchante, si je suis un artiste ? Est-ce que cela ne se voit pas suffisamment sur ma figure, dis ?

Rigoberte - C’est que je ne sais comment sont faites les figures de ces gens-là…

Odilon - Continue, et je reprends ce tablier qui te sert de couverture sociale !

Rigoberte - Hé bien ! certes, Monsieur, vous êtes un artiste, et personne dans cette pièce ne vous en fera le reproche. Oui, vous êtes un grand artiste, je vous en donne ma parole, le plus grand de tous les artistes, nous ne reviendrons pas là-dessus. Cependant Pipelune doit épouser pour elle son homme ; et n’étant pas plus artiste que votre bonne, elle n’aurait que faire d’un artiste dans son lit.

Odilon - C’est pour mon bien que je lui donne ce jeune homme. Une fille honnête et sage doit s’accorder au choix de son père, et surtout lorsque l’option est précieuse pour la situation de ce père.

Rigoberte - Ne désirez-vous pas le conseil d’une brave femme ?

Odilon - Dis toujours ce que je n’écouterai pas.

Rigoberte - Vous n’allez plus songer à ce mariage-là.

Odilon - Tient ! La bonté de m’en dire le pourquoi ?

Rigoberte - Parce que votre fille ne s’y résoudra pas.

Odilon - Elle ne s’y résoudra pas ?

Rigoberte - Non.

Odilon - Pipelune ?

Rigoberte - Qui d’autre ? Faites-lui la question, et elle vous apprendra qu’elle n’a rien à faire d’un Monsieur Fifrelet, encore moins d’un fils Frifelet, ni de tous les Fifrelet de la création.

Odilon - Le bon conte, quand le besoin vient de moi. Le parti est considérable. Monsieur Fifrelet n’a que ce fils pour poursuivre l’œuvre du père : cinq continents, cinq immenses boutiques. De plus, Monsieur Jambrouil, qui n’a d’attache pour quiconque, donne tout son bien à Vilemin Frifelet : une cimaise, dans la ville où j’ai vu le jour. Je prédis qu’avant deux années d’ici, on en fera un musée à ma gloire et à celle de ma peinture.

Rigoberte - Mais combien tous ces gens ont berné de pauvres barbouilleurs pour avoir autant de bien ?

Odilon - Voilà tout l’esprit des basses gens qui n’ont que de l’aigreur pour seul bien !

Rigoberte - Votre affaire semble bien montée, Monsieur ; mais je dois en revenir à mon conseil, et dans la confidence que je me permets : choisissez un autre père aux futurs enfants de votre fille, elle n’est pas née pour être une Madame Fifrelet.

Odilon - Et je veux et j’ordonne, moi, que cela ne sera pas autrement.

Rigoberte - Et je dis et je vous affirme, moi, que cela sera autrement que vous le voulez.

Odilon - Je voudrais bien voir cela.

Rigoberte - Vous le verrez, assurément.

Odilon - Je suis très curieux de voir comment cela serait autrement que ce que je veux que ce soit.

Rigoberte - Parce qu’on dira que vous pensez mal.

Odilon - On dira ce qu’on dira, mais je dis pour la dernière fois que ma fille s’en remettra à la parole que j’ai donnée.

Rigoberte - Non, elle s’y refusera.

Odilon - Je l’y forcerai à coup sûr.

Rigoberte - Elle s’y refusera, je vous en réponds.

Odilon - Elle obéira, ou je l’envoie dans ces contrées où il y a nécessité à porter la bonne parole.

Rigoberte - Vous ?

Odilon - Moi.

Rigoberte - Jamais.

Odilon - Comment, « jamais » ?

Rigoberte - Vous ne l’enverrez pas chez les indigènes.

Odilon - Je ne l’enverrai pas chez les ignorants ?

Rigoberte - Non.

Odilon - Non ?

Rigoberte - Non.

Odilon - Ah oui ! je ne voudrais pas tant rire : je n’expédierais pas ma fille à l’autre extrémité de la terre, alors que je le veux ?

Rigoberte - Non, que je vous dis.

Odilon - Qui m’en enlèvera le doit ?

Rigoberte - Vous-même.

Odilon - Moi ?

Rigoberte - Qui d’autre ? Vous n’aurez pas le cœur à une action aussi déchirante.

Odilon - J’aurai ce cœur-là.

Rigoberte - Vous vous abusez sur ce que vous êtes.

Odilon - Personne ne connaît comme je suis mieux que moi.

Rigoberte - L’amour paternel vous rendra à la raison.

Odilon - Il n’y aura de raison que celle de mes intérêts.

Rigoberte - Une figure pleine de larmes, un câlin sur vos gros genoux, un « papa chéri » par-ci et un « mon papa génial » par-là, ce sera bien suffisant pour vous fléchir.

Odilon - Je suis un roc.

Rigoberte - On dit ça, allez…

Odilon - Je te dis que je ne fléchirai pas.

Rigoberte - Bah !

Odilon - Que signifie ce « bah » ?

Rigoberte - Je vous connais mieux que vous-même : vous êtes la bonté en personne.

Odilon (s’emportant) - Je ne connais pas la bonté, et je suis méchant quand il me plaît !

Rigoberte - Un peu de bon sens, Monsieur : dans le cœur des grands artistes il ne peut y avoir de place pour les vilains sentiments.

Odilon - Je ne te répondrai pas là-dessus. Mais je conclue par l’ordre que je donne à ma fille de prendre le mari que je lui veux.

Rigoberte - Quant à moi, je ne l’y autorise pas.

Odilon - Cette fois et pour de bon tu dépasses les limites. Depuis quand les bonnes se piquent d’audace à parler contre l’avis de leurs maîtres ?

Rigoberte - Depuis que les maîtres font la sourde oreille au bon sens et à la raison.

Odilon (fonçant droit sur Rigoberte) - Viens ici que je te jette dehors !

Rigoberte (esquivant l’assaut) - Je serais la dernière des dernières à vous laisser vous couvrir de honte par des promesses insensées.

Odilon (la poursuivant à travers la pièce) - Misérable ! Prends garde à ne rien casser qui m’appartienne ! Viens ici, te dis-je, que je te montre la porte.

Rigoberte - M’enverriez-vous en enfer que je ne vous laisserais pas faire un tel crime.

Odilon - Sorcière !

Rigoberte - Et je trouverai bien le moyen pour qu’elle n’épouse pas votre Vilemin Frifelet, foi de Rigoberte !

Odilon - Vas-tu te taire à la fin ?

Rigoberte - Je vous en fais la promesse. Votre fille se rendra à ma raison plutôt qu’à la vôtre.

Odilon - Pipelune, veux-tu m’arrêter cette folle ?

Pipelune - Attention à votre cœur, mon père. Le monde perdrait le plus grand de ses talents si vous n’y prenez garde.

Odilon - Si tu ne m’aides pas à prendre cette vieille femme, je te maudirais.

Rigoberte - Et moi, je renonce à prendre son parti, si elle vous vient en aide.

Odilon (se jetant sur le canapé, à bout de souffle) - Ah ! Oh ! je n’en peux plus. Vous me voulez mort avant la gloire. Malfaisantes que vous êtes.




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