L'ARTISTE IMAGINAIRE




ACTE II - Scènes 1 à 3



Dominique Boucher
May 4 2004


ACTE DEUXIÈME













SCÈNE I



Rigoberte, Duralin





Rigoberte - Entrez, Monsieur. Monsieur mon maître qui est sorti un instant se soulager revient aussitôt.

Duralin - Je vois que je n’arrive pas au moment le plus propice.

Rigoberte - Il n’y a jamais de bon moment avec Monsieur Odilon, si ce n’est à venir l’entretenir du bien que vous pensez de sa peinture.

Duralin - Ne connaissant rien en la matière, je n’ai guère ma chance, alors ?

Rigoberte - Bah ! Une parole aimable ne doit pas vous être si difficile à dire. Il suffit d’un mot de flatterie et Monsieur ne vous fermera plus jamais sa porte. Sinon, que nous vaut le plaisir de la visite ?

Duralin - C’est que je viens parler à Pipelune plutôt qu’à son père. Je veux l’entendre confirmer le choix de son cœur et connaître ses intentions au sujet de l’abominable mariage dont on m’a entretenu.

Rigoberte - J’entends bien, mais voir Pipelune et lui parler ne se peut sans être d’abord passé en ce lieu où je viens de vous conduire. Si vous parler quelque peu lorsque vous êtes en tête à tête, la demoiselle a du vous apprendre les sentinelles que l’on poste à sa porte et près de ses oreilles. Votre première entrevue d’avec qu’elle, d’où est née votre passion l’un envers l’autre, ne fut permise que par la mégarde d’un père trop occupé à ses honneurs d’artiste ; et depuis que la promesse de ce malheureux mariage a été faite, la garde a doublé.

Duralin - Aussi me suis-je permis le subterfuge de me présenter ici non pas comme l’amant de Pipelune, mais en ami de son maître de dessin, duquel j’ai obtenu l’autorisation de dire qu’il m’envoyait à sa place.

Rigoberte - Voici que j’entends Monsieur revenir. Reculez un peu, et prenez la mine de celui qui se laisse absorber par la contemplation de cette pochade-ci. Je vais de ce temps prévenir Monsieur que vous êtes là.









SCÈNE II



Odilon, Rigoberte, Duralin





Odilon (en tenue de peintre, songeant à voix haute) - Jambrouil m’a dit de lui peindre une série de 25P, douze dans les tons de bleus, et douze dans les verts ; mais j’ai omis de lui faire préciser par laquelle de ces deux dominantes je dois commencer.

Rigoberte - Monsieur, voilà un…

Odilon - Que fais-tu encore chez moi, sale bonne : tu viens distraire mon inspiration, comme si je ne t’ai pas dit suffisamment fois qu’il ne faut point déranger un artiste en pleine séance.

Rigoberte - Je viens vous dire, Monsieur…

Odilon - Encore ! Ne songes-tu pas à te taire et m’accorder la tranquilité dont mon cerveau a besoin ?

Rigoberte - Monsieur…

Odilon - Hé ! bien ?

Rigoberte - Il y a là un monsieur…

Odilon - Vas-tu partir à la fin !

Rigoberte - … un Monsieur qui…

Odilon - Qu’est-ce que tu dis ?

Rigoberte - Je dis qu’il y a là un monsieur qui aurait à vous parler.

Odilon - Que ne le disais-tu plutôt ! Fais-le entrer.

Rigoberte (faisant signe à Duralin d’avancer) - Tournez-vous, et vous le verrez.

Duralin - Monsieur…

Rigoberte (raillant son maître) - C’est que vous venez déranger le cerveau de Monsieur.

Duralin - … je suis si intimidé d’être en présence du Maître ; mais je vois que vous vous apprêtiez à vous mettre à votre labeur…

Rigoberte - Comment « à son labeur » ? Comme vous parlez mal. Monsieur ne travaille pas : il crée.

Duralin - Je ne songeais pas à mal. Pour créer, ne faut-il point travailler le fruit de son inspiration ?

Rigoberte - Que voulez-vous prétendre avec votre « fruit » ? Monsieur n’en est pas un, et se sont des ignorants ceux qui ne voient pas que Monsieur est un arbre ; l’arbre qui donnent aux apprentis les fruits de la création.

Odilon - Voilà une parole de vérité.

Rigoberte - Monsieur pense, réfléchit, raisonne, et imagine comme nous tous ; mais il ne s’arrête pas en chemin, lui : il met tout ça en des formes et avec des couleurs pour le plus grand bien de nous.

Odilon - Tu n’es pas si bête que l’air que tu te fais, ma bonne Rigoberte.

Duralin - Monsieur, je m’en veux donc de vous interrompre dans votre humanitaire mission. Mais je ne serais pas là si le maître de dessin de Mademoiselle votre fille ne m’avait prié de venir. Un imprévu l’a renvoyé pour une semaine ou deux dans sa campagne natale ; et parce que je suis l’ami parmi ses collègues, il m’envoie à sa place, afin de continuer les leçons, de crainte qu’en les suspendant Mademoiselle votre fille ne vînt à oublier ce qu’elle a déjà appris.

Odilon - Il n’y a rien à redire là dedans. Appelle Pipelune.

Rigoberte - Je suis d’avis Monsieur, qu’il est préférable de conduire Monsieur à sa chambre.

Odilon - Non ; fais-la venir.

Rigoberte - Le maître de dessin ne pourra donner sa leçon comme il faut, si le monde tourne autour d’eux.

Odilon - Obéis, je te dis.

Rigoberte - Monsieur, songez-vous à la séance dans laquelle vous étiez avant l’arrivée de Monsieur ? Et les jeunes gens vous empêcheront de vous y remettre avant longtemps

Odilon - Je saurai les faire partir quand il me semblera bon. Et je ne suis pas fâché de connaître le niveau de l’enseignement artistique de Monsieur, tout aussi bien des progrès de ma fille… Ah ! la voici. Va-t-en voir, toi, si ma femme est bientôt prête.









SCÈNE III



Pipelune, Odilon, Duralin





Odilon - Approche, Pipelune : je te présente le remplaçant de quelques jours de ton maître de dessin qui, retenu par quelque embrouille familiale, a eu la politesse de ne pas t’oublier.

Pipelune - Mon dieu !

Odilon - Comment ? Quelle est cette surprise ?

Pipelune - Oh…

Odilon - Quoi ? Ne vas-tu pas te résoudre à m’éclairer au sujet de cette émotion ?

Pipelune - Voilà, mon père. Trouverez-vous le conte croyable, qui m’a mise dans cet état.

Odilon - Élude le mystère maintenant.

Pipelune - J’ai fait l’étrange rêve cette nuit d’être dans une situation des plus délicates, et qu’un inconnu bien avisé de croiser mon chemin m’est venu porter le secours dont j’avais grand besoin. L’inconnu de mon songe, mon père, avait la figure tout comme celle de Monsieur. Vous comprenez pourquoi, à la vue soudaine de l’un m’ayant ramené à la pensée de l’autre, j’ai été gagnée par le trouble.

Duralin - Il n’y a pas offense, Mademoiselle, à avoir été couché dans vos rêves, et vous feriez de moi le plus heureux des hommes si dans l’éventualité d’un danger réel vous me jugiez digne et capable de vous tirer du mauvais pas. Croyez sans retenue qu’il n’y a rien que je ne ferais pour votre sécurité et votre bonheur…




Page suivante
 
Page précédente
 




Dominique Boucher

Gallery translation : Fine art by Dominique Boucher Oeuvres de Dominique Boucher Dominique Boucher Dominique Boucher Dominique Boucher Dominique Boucher Dominique Boucher Dominique Boucher Dominique Boucher

All 43 Artworks from Dominique Boucher

Dominique Boucher's Artworks timeline

RSS feed Dominique Boucher

Spread Dominique Boucher's exhibition on


Artworks Styles : Figurative - Realism - Surrealism - Symbolism
Artworks Topics : Characters - Fiction - Figurative - Portrait - Surrealism
Artworks Media : Gouache - Pen Ball

Open the Guestbook

Write a message in Dominique Boucher's guestbook

Dominique Boucher Exhibition on ArtsCad.com

exhibition on All Art On Line .com



You don't have flash installed.
EMAIL- EMAIL EMAIL- EMAIL- EMAIL- EMAIL- * A