Poèmes en français 3
 
     
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ensemble de poèmes écrits dans les années 1990



Ivan De Monbrison
17 janvier 2006


La lune se levait sous le châle du vent
où l’ombre blessée rouge
où j’étais trop fragile
et la manière de voir
et la manière d’aimer
le soleil qui sans mains
rattrape quand même le vent
et la lune aux doigts longs
sur le chemin d’albâtre.

       ***
                                 
Le dernier songe
la dernière nuit
et l’homme qui veut toucher terre
et la flamme qui jaillit
aux arbres voyageurs
et le soleil qui va
explorer nos greniers
nos mains cages à oiseaux
nos ombres écartelées
et zebrées en silence
par des arbres plus blancs.


    ***


Sur une corde nous avançons
jusqu’au bout de l’abîme
puis plus rien
le ciel vide
et les étoiles par milliers
éclairent le tunnel
qui relie seul
les deux extrémités du monde
et sous la voûte duquel
les morts  pensent à voix haute.



***









Ecran du monde
sur lequel se prejettent
nos pensées
nous restons invisibles et durs
dans cette nuit creuse
le sol s’ouvre sous moi
je tombe à l’intérieur
du goulot de mes sens
muet et défiguré.



    ****



J’attends
au sommet de la nuit
l’équilibre du monde
est fixé
comme avec des boulons
tandis qu’au coin du ciel
une corniche donne
sur le désert immense
de mon être intérieur
recouvert de blessures.







***


















Le sosie d’un reflet c’est l’homme évertué
quand la mer remplissait le soleil de ses mains
un homme va tuer le ciel ressucité

car jaloux il ne veut partager son domaine
une femme lui prédit un avenir soudain

et toi que l’on recherche le soleil t’a trouvé
et car une femme t’aime tu ne pourras mourir

dans la cage des mots où nous sommes des ombres
ne cherche pas ta fuite elle est ton seul chemin.


  ****




Musique


Pierre de première parole
nu tu défies la mer
laisse le vent passer
et mêler tes doigts et les
cordes
après bien des métamorphoses
tu restes sans pouvoir faire
un geste pour te
délivrer
un mot pour chanter
tout bas.









****










Il n’y a rien
un tapis noir recouvre
l’apparence des objets et des plantes
je marche dessus
un courant d’air me fait frissonner
une fenêtre ouverte sur le mur
le ciel est caché par les toits gris des nuages
on ne voit rien
l’oxygène devient rare
la maison n’abrite déjà plus que mon cadavre.


1.1.1997 9 heure


***


Au coeur de la maison
je ne trouve rien à dire
rêves mélangés et enfouis
dans mon crâne trop étroit
solitude qui pose
tant de barreaux à ces fenêtres
dedans c’est la nuit
obscure et profonde comme la mer
et où je me débats comme un noyé.


1.1.1997 9h45



***














Tout est immobile dans la pièce
seuls des morceaux de rêves
bougent ça et là
le décor cache nos tombeaux
et les mots prononcés
ne peuvent qu’apaiser la douleur
un bref instant
tandis que dans la maison
les objets parlent d’eux-mêmes
du passé enfoui en eux.


24.10.1996 9h30


***


Le ciel bleu et posé sur ma main
je te donne un bout de mon coeur
au fond le jour tremble sur l’eau
comme le fantôme de ton songe
alors que tu t’enfonces
dans une nuit plus noire
au milieu des décombres de ta vie
et que ton visage devient masque
aux yeux plus profonds que l’espace.


****




âge, je grandis mon souffle n’est
  pas mortel
oiseau, garde sa vie sa mort est
   trop prudente
l’un commet meurtre vague et s’en
va dénuer
            de nuages le ciel latent



****


nu autre désir que l’homme surdoué
le sommeil est passion
     n’en récuse le meurtre
quand l’arbre qui déploie ses branches
            pour mourir
        en admet la profusion




***




richesse de l’oiseau aux ailes d’or et d’eau
 sommeil de l’enfant prodigue en
son bon sens mais qui sert de pâture aux loups
oreilles qui se posent sur les flaques nocturnes
  écoutent la nuit muer



****




Irrigue
visage
s’exerce
champ
d’or et
de feu
rouge
la plénitude

l’homme
dort
  cubique


***




extravase
    tout amour
oiseau que son vol ne capture
rideau tiré
sur les yeux qu’ouvrent
  ces mains racines
du soleil
ces corps
  arbalètes du vent



***


yeux qui surnaturels
déhiscent sans
voler
rêvent sans disparaître
parlent muettement




***




page échue
  le vent choisit
inquiète
  mer en ses délais
salve contrite
de qui
  sommes nous
     la descendance
            ou la clique?



***



sous l’auvent de ce
que j’ai cru être
  demeure
tout se parle et se
   déguise
mais même ce sourire
     n’est pas
(ni broc ni truelle
        ni vrac)



***


étrave
billes et oeséphage
  éructe
nuit d’insomnie
  désir pluvieux



*****


résidus
délient ombelles
   et sourires
accostages de bois
  poreux
qui ruminent ces étoiles
adéquates à notre
          perte





***



d’une nuit
cachée dans ces yeux
le pas de l’averse
  nomade
ou les embûches
       d’autres
       corps
lacunes
    de mêmes combats



***


queues préhensiles
vagabondages des hommes
que l’on dissèque
on subroge des jeux mortels
à nos désirs secrets
doute désaffectés
mais de quoi vivrons nous?
sinon du pain des morts obséquieux




***


Errance

Un chacal de nuit son corps est transparent
va chercher sa pitance dans le souffle
d’un mort.
Les ombres dilettantes pleuvinaient sur nos yeux
et nos rêves les plus fous s’étaient réalisés.

Et la dernière femme que l’ombre ait vêlée
priait, priait la nuit les sourciles relevés,
et la ceinture
du vent lui enserrant la taille
les ombres endormies n’avaient plus de contours.


novembre 1991, Paris


Ivan De Monbrison

Traduction de la galerie :

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